Notre appel dans la presse

 

Vous retrouverez ici les liens vers trois articles de presse sur notre appel, publiés dans :

Marianne, le 15 décembre 2017,

L’Humanité, le 22 décembre 2017,

L’Humanité, le 8 janvier 2018 (extrait), tout l’article ici.

Et notre appel publié dans Marianne et ReSPUBLICA le 15 décembre 2017.

 

 

 

 


 

Dans les discours et dans les actes.

En quoi la laïcité permet-elle de faire vivre l’égalité  ?

En débat (extrait)

Lundi, 8 Janvier, 2018, L’Humanité

 

Rappel des faits

Alors que l’on vient de célébrer les 112 ans de la loi de 1905, les débats restent vifs à propos de la définition de la laïcité, en lien avec les réalités sociales.

Valentine Zuber, Directrice d’études à l’École pratique des hautes études (Ephe), Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène, Rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, Stéphanie Roza, Chercheuse au CNRS, spécialiste des Lumières et de la Révolution française, Jean-Paul Scot, Historien.

Stéphanie Roza, membre du collectif initiateur de l’appel « lier le combat laïque au combat social, fédérer le peuple »

Laïcité ! Un terme qu’on n’a peut-être jamais autant employé dans le débat public, et qui, comme bien d’autres dans la confusion idéologique ambiante, est trop souvent mésinterprété, galvaudé, ou tout simplement incompris. Jadis catholique militante, l’extrême droite française, suivie sur ce point par un ex-premier ministre socialiste, voudrait maintenant récupérer ce label pour en faire une machine de guerre contre les musulmans de France. De son côté, une certaine gauche, focalisée sur ce détournement, voit la laïcité comme une sorte de bombe qu’il faudrait désamorcer en lui accolant des adjectifs (laïcité « ouverte », « plurielle », etc.), quitte à dénaturer son contenu. Certains de ces étranges laïques, préférant désormais à la lutte antiraciste celle contre « l’islamophobie », semblent avoir oublié les dangers pourtant bien réels des projets théologico-politiques.

 

La laïcité, on le sait, consiste à tracer une ligne de démarcation, d’abord juridique et matérielle, entre ce qui relève des religions et de l’Etat. Elle induit, c’est incontestable, une hiérarchie entre les deux sphères, puisque la loi qui garantit (en principe !) l’égalité entre les citoyens prime sur toute autre. Par conséquent « la République assure la liberté de conscience » (loi de 1905), mais dans le cadre de la supériorité reconnue du droit commun. Du point de vue de la gauche, c’est-à-dire du point de vue de l’émancipation des dominées et des dominés, cette séparation reste un puissant outil de libération. En effet, elle limite les effets des injonctions patriarcales véhiculées par les trois monothéismes à l’encontre des femmes, depuis les anathèmes sur la contraception jusqu’à la promotion de la perruque ou du voile pour cacher sa tentatrice chevelure ; elle délivre les individus des obligations rituelles, qui deviennent une option que l’on peut refuser ; dans l’éducation, elle fait primer la science et l’argumentation rationnelle sur les mythes de toutes sortes, notamment créationnistes. En cela, elle favorise l’égal épanouissement des hommes et des femmes, croyants ou non-croyants.

Toutefois, la laïcité ne peut être universellement comprise comme un levier pour l’émancipation qu’à une condition essentielle : il faut que la loi commune, qui est décrétée supérieure, tienne ses promesses, autrement dit que l’égalité, proclamée en droit, devienne une réalité dans les faits. Cette revendication d’égalité réelle, inscrite dans l’ADN de la gauche depuis sa naissance sous la Révolution française doit être le corolaire de l’exigence laïque pour toutes celles et ceux qui se réclament de ce camp politique. Le combat pour l’égalité ne peut se mener efficacement que s’il repose sur des fondements cohérents : l’égalité des conditions matérielles d’existence est une question de revenus, mais également d’accès à l’éducation, à l’emploi, au logement, et enfin de libre disposition de son corps, dans les limites du respect des autres et de sa propre dignité. Il n’y a pas lieu d’opposer les combats émancipateurs les uns aux autres, ou de les hiérarchiser.

Loin de diviser les luttes, la stratégie gagnante d’une gauche de combat consistera donc à fédérer les résistances aux logiques capitaliste, patriarcale, obscurantiste et raciste. Elle doit insister sur leur commune inspiration, sans pour autant nier leurs spécificités. Comment caractériser une telle démarche, sinon comme laïque ? Rassemblons-nous pour agir dans cette perspective, signez l’appel : combatlaiquecombatsocial.net.

 


 

Le combat laïque et le combat social

La pierre angulaire d’un modèle à construire de République sociale

Vendredi, 22 Décembre, 2017, L’Humanité

 

Texte collectif

L’initiative d’un appel, « Le combat laïque et le combat social, fédérer le peuple » (1), rendu public la semaine dernière et qui, depuis, ne cesse d’enregistrer de nouveaux soutiens, se développe. Militants ou sympathisants de la gauche politique, syndicale, associative, de sensibilités parfois différentes, nous souhaitons pourtant, dans la période que nous traversons, porter au cœur du débat public les valeurs qui nous sont communes, parce qu’en réalité, elles sont celles de toute la gauche depuis la Révolution française : l’universalisme, le combat pour une égalité réelle entre tous et toutes, la solidarité entre les peuples, l’émancipation individuelle et collective.

La laïcité est un enjeu central de la souveraineté populaire : car si la souveraineté nationale peut se passer de laïcité, ce n’est pas le cas pour la souveraineté populaire.

La laïcité est l’outil qui nous paraît indispensable pour mener à bien tous les combats nécessaires. Respectueuse des spécificités de chaque individu, la laïcité a pour but le plus haut niveau de liberté pour tous. Elle permet cependant que ces différences n’empêchent pas l’unité dans la lutte pour l’égalité, qu’elles ne supplantent jamais ce qui doit nous réunir. Car la crise économique a plongé les quartiers populaires, la jeunesse et les salariés de ce pays dans des difficultés grandissantes. Dans ce contexte, nous devons faire face à la menace des communautarismes et des forces politico-religieuses qui cherchent à diviser le peuple en lui imposant leur propre agenda politique fait de régressions et d’hostilité de tous contre tous. Les intégristes religieux de tout poil avancent leurs revendications séparatistes, sexistes, obscurantistes. Les réseaux confessionnels, notamment catholiques, qui font pression sur la puissance publique pour le financement de leurs édifices et de leurs écoles privées démonétisent la vocation égalitariste et humaniste de l’école publique en lui faisant une concurrence déloyale et servent de point d’appui à l’activisme de l’extrême droite de type Manif pour tous. L’odieux terrorisme islamiste, enfin, porte le mouvement séparateur à sa dimension sanglante et guerrière. Il cherche à creuser un fossé de sang entre les citoyens de différentes origines dont notre pays est composé.

Le combat social et le combat laïque doivent donc former un seul et même bloc. Mener l’un sans l’autre est voué à l’échec. Le combat social ne peut être victorieux si celles et ceux qui le mènent sont séparés voire opposés en fonction de leurs origines et de leurs croyances, réelles ou supposées. Le combat laïque, s’il s’en prend aux forces obscurantistes sans s’attaquer au terreau de pauvreté et de désespoir sur lequel elles prospèrent, se perdra en vœux pieux. Car les communautarismes se servent de l’appauvrissement des quartiers populaires et des discriminations que leurs habitants subissent pour convaincre et détourner le peuple de ses véritables intérêts, qui n’ont rien à voir avec la couleur de la peau ou la religion. Notre laïcité est donc uniment sociale, démocratique, antiraciste, féministe et écologique. Elle est la pierre angulaire d’un modèle à construire de République sociale. Nous voulons lutter sans faiblesse contre le racisme, l’antisémitisme et le patriarcat soutenu par les forces politico-religieuses, notamment islamistes aujourd’hui.

Nous avons également les yeux tournés vers le reste du monde. La concurrence ouverte entre les impérialismes, la montée des bellicismes, l’intensification des politiques d’austérité dans tous les pays et les menaces grandissantes de catastrophes climatiques rendent d’autant plus nécessaire et urgente la construction d’une vaste riposte de la gauche laïque et sociale. Elle seule pourrait, avec ses principes et ses valeurs, permettre à terme une paix juste et un avenir viable pour les peuples du Proche-Orient, et notamment mettre fin au conflit israélo-palestinien dans le respect du droit à l’autodétermination du peuple palestinien comme des droits réciproques de tous. Nous nous situons dans une perspective internationaliste de solidarité et de respect mutuel des peuples.

En France, le peuple dans toutes ses composantes doit donc construire son autonomie et lutter pour ses propres intérêts. Le combat laïque et social ambitionne l’émancipation des hommes et des femmes de ce pays, salariés, sans-emploi, précaires, artisans, indépendants, etc. Il doit œuvrer à leur unité, qui seule peut apporter le progrès social.

Notre volonté de clarification et d’unité démasquera en même temps les trois dérives contemporaines de la laïcité, à savoir :

– la laïcité usurpée de l’extrême droite ou de ceux qui peuvent s’en inspirer : cette pseudo-laïcité sert en réalité contre une seule religion, hier le judaïsme, aujourd’hui, l’islam,

– la laïcité d’imposture qui sert de cache-sexe au communautarisme,

– la pseudo-laïcité d’inspiration concordataire des dirigeants néolibéraux qui trahit le mot de Victor Hugo (« Je veux l’État chez lui, l’Église chez elle », 15 janvier 1850).

Ainsi, pour unifier le peuple et le mettre en mouvement en tant qu’acteur politique, nous voulons faire respecter partout et toujours les principes édictés dans les deux premiers articles de la loi de 1905 et dans les trois circulaires de Jean Zay, ministre du Front populaire, reprises dans la loi du 15 mars 2004.

Nous voulons développer la gestion citoyenne de l’action culturelle, nécessaire pour promouvoir plus de justice, de solidarité, de dignité et d’universalisme.

Ne laissons pas les communautaristes et les partisans du relativisme culturel nous diviser. Combattons tous les intégrismes et les extrémismes qui menacent les libertés !

Nous appelons toutes les forces sociales œuvrant pour l’émancipation humaine à lier continuellement le combat social au combat laïque.

(1) Pour signer cet appel : www.combatlaiquecombatsocial.net

 

Signataires : Soad Baba Aïssa, militante laïque et féministe, Philippe Barre, syndicaliste, Julien Gonthier, ex-rédacteur du Progrès social, Stéphanie Roza, chargée de recherche au CNRS, Mourad Tagzout, conseiller municipal FI, Bernard Teper, journal ReSPUBLICA, Monique Vézinet, Conseil d’dministration Ufal.

 

1905 : la liberté de conscience

L’article 1 de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État stipule : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »

 

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